Origine, prix et confiance : ce que l’affaire du poulet brésilien révèle du commerce alimentaire

Une décision sur les importations de viande brésilienne a suscité une question très concrète : les consommateurs devront-ils payer davantage leurs produits alimentaires ?

Interrogées par Blick, Migros et Coop ont indiqué ne pas prévoir de hausse de prix liée à cette situation. Aldi, de son côté, affirme ne proposer ni volaille ni bœuf du Brésil dans son assortiment. Ces réponses sont rassurantes, mais elles méritent d’être lues avec précision : elles concernent l’effet de cette mesure sur les produits touchés, et non une promesse générale de stabilité des prix dans les magasins. (blick.ch⁠)

Au-delà de l’actualité, cet épisode pose une question essentielle pour tout commerce alimentaire : comment expliquer au client ce qu’il achète, d’où vient le produit et pourquoi son prix peut évoluer ?

Une origine parfois moins visible qu’on ne le pense.

Dans un rayon de viande fraîche, l’origine occupe souvent une place claire sur l’étiquette. Elle peut être moins évidente pour un produit transformé. Le client reconnaît un nugget, une préparation de poulet ou un produit de charcuterie, sans nécessairement connaître l’origine de chacun de ses ingrédients.

Selon les informations recueillies par Blick, les références concernées chez Migros comprennent notamment quelques produits prêts à consommer. Chez Coop, de la viande de poulet brésilienne entrait dans la composition de certaines préparations. Le changement d’approvisionnement ne se présente donc pas de la même façon selon les enseignes et les catégories de produits. (blick.ch⁠)

Pour un commerçant, la leçon est simple : une information peut être disponible sur un emballage sans être réellement comprise. Le rôle du point de vente est aussi d’aider le client à s’y retrouver.

Le prix reste décisif, mais l’explication compte beaucoup aussi.

Les consommateurs sont attentifs à leur budget. Lorsqu’une origine change, leur première question peut être : « Est-ce que le prix va augmenter ? » Les réponses de Migros et de Coop montrent qu’un changement d’approvisionnement ne se traduit pas forcément par une hausse immédiate en rayon. Blick rapporte toutefois que Proviande n’exclut pas d’éventuelles hausses de prix. (blick.ch⁠)

Il serait donc imprudent, pour une enseigne comme pour un commerce indépendant, de promettre que rien ne changera jamais. Une communication crédible décrit la situation présente, précise les produits concernés et explique une éventuelle évolution lorsqu’elle se produit.

Le client accepte plus facilement une décision qu’il comprend. À l’inverse, une formule trop générale peut créer de la méfiance si le ticket de caisse raconte ensuite une autre histoire.

Une occasion pour les commerces de proximité :

Un commerce de proximité dispose d’un atout précieux : le dialogue direct. Son équipe peut répondre à une question sur l’origine d’un produit, présenter un fournisseur, expliquer une différence de prix ou suggérer une alternative adaptée au budget du client.

Cette proximité doit toutefois se traduire dans les faits. Une belle affiche sur les produits régionaux ne suffit pas si le personnel ne sait pas répondre aux questions les plus courantes. De même, mettre en avant l’origine suisse n’a de valeur commerciale que si l’information est précise, accessible et cohérente avec l’assortiment proposé.

Un commerce peut commencer par quelques gestes concrets :

  • identifier les produits pour lesquels les clients posent le plus de questions ;
  • vérifier que l’origine et la composition sont faciles à comprendre ;
  • préparer l’équipe à expliquer les changements d’assortiment ;
  • distinguer clairement le prix, la provenance et les autres qualités du produit ;
  • écouter les réactions des clients pour ajuster son offre et sa communication.

Ce travail concerne autant les boucheries et épiceries indépendantes que les supermarchés, les traiteurs et les restaurants. Dans chacun de ces métiers, le conseil fait partie de l’expérience d’achat.

Faire de la transparence une pratique quotidienne.

La confiance ne se construit pas seulement lors d’une crise ou d’une annonce dans la presse. Elle se gagne dans les échanges ordinaires : une étiquette lisible, une réponse honnête, un collaborateur qui connaît ses produits et un prix que l’on sait expliquer.

L’actualité du poulet brésilien nous rappelle que l’approvisionnement peut changer rapidement. La question, pour le commerce, est alors de savoir comment accompagner ce changement auprès du client.

À mes yeux, c’est là que se joue une partie de l’avenir du commerce alimentaire : proposer des produits adaptés aux attentes et au pouvoir d’achat, tout en donnant aux équipes les moyens d’en parler avec clarté. Un client bien informé peut choisir en confiance. Et un commerce qui sait expliquer ses choix renforce sa relation avec lui.

Source de l’actualité : Blick, « Migros et Coop promettent de ne pas augmenter leurs prix », 22 septembre 2026⁠.